Chic, le poulamon

Le p'tit poisson des chenaux reprend ses lettres de noblesse en gastronomie

Le Nouveliste 5 février 2001
Marie-Ève Lafontaine Sainte-Anne-de-la-Pérade

Au bout d’une ligne à pêche, bien frétillant et gluant, le p’tit poisson des chenaux n’est guère appétissant. Il en va tout autrement lorsqu'il repose bien tranquille entre deux tranches d'aubergine. C’est ce qu'ont découvert les 120 convives de la soirée Découvertes gourmandes des Chenaux, samedi soir, à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

« C'est une première. On veut faire la promotion des produits bioalimentaires du secteur Des Chenaux, et particulièrement le poisson des chenaux, qui a été délaissé par les cuisiniers. C’est un produit extraordinaire. C'est le seul poisson frais disponible au Québec cette saison », mentionne Mme Louise Marchildon, de l'Association de développement industriel et commercial de Sainte-Anne-de-la-Pérade (ADIC).

Le poulamon n'était pas le seul produit régional qui tenait la vedette au menu. Bison, faisan et autruche étaient également à l'honneur. Les Pêcheries Val-Mer ont aussi contribué à satisfaire les papilles grâce à une mousse de crabe et de l'esturgeon fumé. C'est évidemment le « Tian de poulamon de La Pérade, sauce au poivron doux et tomates parfumées aux herbes » qui a été offert aux invités. Une recette conçue par les chefs de la Corporation de la cuisine régionale au Québec – section Mauricie. Une façon d’unir le p’tit poisson des chenaux et la fine cuisine. « Le poulamon est un mal-aimé.

Tout ce dont les gens se souviennent, ce sont les arêtes dans l'assiette », déplore Mme Alice Dolbec, propriétaire des Pêcheries Val-Mer. Pourtant, le p'tit poisson des chenaux ne manque pas de qualités. « Trouver des filets frais en plein hiver, c’est difficile. On a ici une belle ressource qui ne contient aucun contaminant. Il n'y a aucune restriction au niveau de la consommation », souligne Mme Dolbec. Cette dernière souhaite ardemment que l'huile à patates frites ne soit pas l'unique destinée de cette petite morue. Depuis quelques années, son entreprise produit même des filets de poulamon pour que les gens ne grimacent plus en tombant sur une arête. La demande est forte. Cette année, c'est terrible. J'ai même des demandes du Japon. Je pourrais produire 100 000 livres de. poissons et je n’aurais pas à en manger un seul. »

Toutefois, la dame est très loin de suffire à la demande. Les problèmes d'approvisionnement sont considérables. Les pêcheurs commerciaux, qui approvisionnent les Pêcheries Val-Mer, ne peuvent pêcher qu'en amont de la rivière Sainte-Anne, un endroit où les pêches miraculeuses demeurent des légendes. D’ailleurs, la plupart des marchés d'alimentation qui vendent du poulamon s’approvisionnent au Nouveau-Brunswick et non pas à Sainte-Anne-de-la-Pérade. Malgré tout, Mme Dolbec est confiante en l'avenir. Elle compte même se procurer une machine qui permettra de transformer le p’tit poisson des chenaux en filet plus rapidement. « Je ne pense pas que ce soit utopique de continuer dans cette voie. Si le poulamon est bien apprêté, le consommateur va avoir, le goût de le mettre dans son assiette. »

Ce souper, présenté en cinq services, a enchanté plusieurs fines bouches dont M. Gaétan Frigon, PDG de la Société des alcools du Québec, qui est originaire de Saint-Prosper. « Plutôt que d'aller à Montréal, on a décidé de faire différent et on est venu à Sainte-Anne où j'ai fait mes folies de jeunesse. Quand j'étais jeune, je passais mes journées à pêcher le poulamon. Ma mère avait des recettes formidables. Quand j’ai vu qu’il y avait du bison et du poulamon au menu, j'ai décidé de venir spécifiquement pour ça. » « Mon grand-père avait une cabane. «J'ai passé des jours et des nuits à la pêche. Je venais pour pêcher pas pour prendre un coup », assure M Robert Trudel, président d’honneur de la saison 2000-2001.

Cette soirée, qui fut une initiative de l'ADIC, du CLD de Francheville, de l'Association des pourvoyeurs de la rivière Sainte-Anne, de la Société d’aide au développement des collectivités de la Vallée de la Batiscan et du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, a donc permis à tout un chacun de découvrir que le poulamon a de la gueule et qu'il peut faire belle figure à des soirées gastronomiques. « On a tellement de beaux produits dans le coin, on a rien à envier aux autres régions, assure M. Gérald Germain, chef du restaurant Le Lupin, à Trois-Rivières. On a plein de belles choses. Pourquoi ne pas travailler pour les mettre en valeur? »